
Un écrit, vivement la fin
25 août 2008« Vivement la fin mais que rien ne s’accélère » telle était la pensée de Gina le mardi. Elle commençait à apprécier le mardi et ses minutes qui s’égrènent comme des grains de sable dans un sablier. Soudain il en vient un trop gros qui a du mal à passer, tant pis, tant mieux. Et puis le suivant qui glisse comme un gant, tant mieux, tant pis. Et puis il y a le grain parfait qui maîtrise son avancée sans pour autant la faire trop durer. Si tous les jours étaient comme le mardi, comme un grain de sable parfait. Mais il y a le lundi, le mercredi, le jeudi, le vendredi et le samedi. « Le dimanche ça compte pas », c’est hors du temps, le désert et sa légion ont encore du chemin à faire. De toute façon Gina a peut-être perdu bien des batailles mais elle ne perdra pas la guerre. Le temps, la honte et la douleur ne gagneront pas. Elle l’aura son paradis elle aussi. Bien des fois elle baisse les bras mais un coup d’oeil à la lune et tout repart. À chaque fois une voix masculine lui revient en mémoire : « Écoutes princesse, écoutes bien, la lune est la mère de tous les espoirs. Confies lui les tiens et quand tu te sens découragée, regardes là. Ce sont tes espoirs qui la font briller. ». Sans le vouloir et sans le comprendre le courage lui revient, tant mieux, tant mieux. Le lundi l’humeur est plutôt maussade. La phrase du jour pourrait être « que mon hier devienne mon demain ». Le lundi c’est pas le meilleur jour, comme tous les autres. Et puis le mardi et puis le mercredi. Gina n’aime pas le mercredi. Le mardi, le jour le moins pire, est passé et le dimanche est loin. « Dimanche mon beau dimanche quand diable arriveras-tu ? » Le jour suivant, jeudi, est sans intérêt, sans saveur. Il s’écoule au fil des demandes, « inévitablement le jeudi revient ». Au niveau trois dans l’échelle des bons jours on trouve le vendredi. C’est souvent « à défaut de mieux, que le vendredi apparaisse ». Il faut dire que le vendredi les gens sont de bonne humeur. Gina récupère les promesses par paquets et essaie de les ranger dans un petit coin de son coeur, un coin qui ne fait pas trop de raffut et qu’il est facile d’ignorer quand tout devient trop dur. Mais une promesse reste une promesse et en être le destinataire est souvent flatteur. Il faut tout prendre les bonus en plus des coups et des déceptions. Qui sait ? Une promesse pourrait peut-être devenir réalité. Malheureusement le samedi (pour)suit le vendredi. Et le samedi c’est souvent « qui trop affole finit en cage ». Gina se doit de rester très concentrée ce jour-là. Toute son attention et son intuition féminine sont en alerte. Mais rien ne doit transparaître. C’est un jeu d’équilibre, de double personnalité, d’image et de maintien. La concentration ne doit pas transpirer et défigurer la forteresse dans laquelle Gina s’est enfermée. Heureusement, quand tout cela fonctionne Gina peut penser au lendemain, au dimanche. « Le dimanche ça compte pas ». Seulement Gina n’avait jamais songé que le mardi pouvait aussi être associé à « adieu monde cruel, ma vie n’a été que violence et tristesse, que la mort me mène au paradis ». Un mardi, jour parfait, celui qui lui rendait presque le sourire n’a pas supporté que sa femme le quitte pour un autre homme. Reportant toute sa colère sur la pauvre Gina il lui brisa le cou avant de la jeter dans la Seine. On retrouva son corps quelques semaines plus tard mais l’affaire fut classée sans suite. Tout comme sa vie, son assassinat n’intéressa personne. Une pute de plus ou de moins sur le trottoir, qu’est-ce que ça change ?